Témoignage d’un camionneur
Par un frisquet jour de décembre 2007, en revenant d’Ottawa avec une remorque vide, j’ai reçu 3 préplans pour 3 voyages différents. J’ai dû refuser le premier parce que mon log ne me le permettait pas et les délais de livraison étaient encore plus serrés pour le deuxième.
J’ai eu une intuition puisqu’il y avait une vibration étrange dans mon volant. Je décide de poursuivre ma route en étant persuadé que le pneu gauche était usé et que je devais le changer en arrivant.
Je refuse un autre préplan en disant que je devais changer ledit pneu avant de reprendre la route.
Puis, je reçois un message qui m’intime l’ordre de me présenter à la « Safety » à cause de mon refus de 3 préplans. En arrivant, je décide quand même de faire changer mon pneu, puis je me dirige à la « Safety ».
Des accusations à l’effet que j’étais de mauvaise foi mauvaise foi m’ont été lancées en plein visage par deux employés de Challenger responsables de la Safety. Une autre personne était présente dans la pièce, mais je ne connaissais pas son nom et elle ne parlait pas.
Finalement, ils décidèrent de mettre une note dans mon dossier. Ce blâme me suit encore aujourd’hui. Vous n’avez pas idée à quel point je me suis senti humilié cette journée-là.
Par la suite, je dus aller à un garage pour faire aligner mon pneu et les mécanos ont dû procéder à quelques autres réparations. C’est à ce moment qu’on m’informa que j’étais sur le point de perdre une roue !
Le lendemain, je suis retourné à la Safety avec les preuves en main. On refusa d’enlever la note dans mon dossier, même si je les menaçais d’aller directement au siège social, à Cambridge. On m’a menacé à mon tour de me faire la vie dure si je mettais mon plan à exécution.
J’ai même parlé à une personne au service des ressources humaines, mais celle-ci a refusé de m’aider à enlever la note à mon dossier.
En refusant les préplans et en faisait réparer la roue de mon camion, j’ai sans doute prévenu un accident grave et sauvé ma vie, ainsi que celles d'autres personnes.
Je puis vous dire aujourd’hui que je ne regrette pas d’avoir agi ainsi.
Réplique à la lettre de Dan Einwechter, reçue par messagerie PUROLATOR
1) « Vous avez tous le droit d’agir selon vos convictions. C’est l’essence même du droit DÉMOCRATIQUE »
Messieurs Challenger, chez vous, les seules convictions qu’une personne peut avoir sont celles que vous partagez. La démocratie, vous dites? Je suis sceptique.
Par exemple, sur le satellite qui équipe chaque camion et qui nous indique nos « assignations », le menu déroulant débute par un choix : accepté ou refusé (y-n). Si notre réponse est négative, nous devons expliquer pourquoi. Alors, vous leur expliquez votre raison (soit que vous n’avez pas assez de temps ou encore que vous devez être à la maison pour telle date). Or, il arrive que lorsqu’un chauffeur ose inscrire « non » et qu’il a une bonne raison, on lui réponde : tu ne peux pas refuser, tu n’as pas le choix, il n’y a pas d’autre chauffeur qui peut le faire. En plus, les répartiteurs ne prennent jamais le temps de vérifier nos heures disponibles pour la journée même et les suivantes, car le lendemain matin, s’ils voient qu’on n’a pas envoyé nos heures, ils nous le rappellent.
2) « Le droit de refuser vous appartient (…) sans permettre à qui que ce soit d’utiliser des tactiques inappropriées pour vous influencer »
Comment peut-on alors qualifier cette lettre envoyée à chaque employé (chauffeur) par messagerie PUROLATOR? N’est-ce pas une invitation à rejeter le syndicat? Remplie de vos belles formules, cette lettre est là pour nous dire quoi faire et ne pas faire. Nous prenez-vous pour des enfants d’école préscolaire pour nous « informer » de nos droits? C’est de la démocratie, ça?
3) « Le syndicat pourrait vous promettre bien des choses comme de meilleurs salaires, de meilleurs avantages, plus de sécurité d’emploi ou une plus grande maîtrise sur votre lieu de travail »
Pourquoi pensez-vous, Messieurs Challenger, que nous demandons une adhésion aux Teamsters? Au moins, ils nous promettent d’AMÉLIORER notre sort au sein de la compagnie Challenger, contrairement à vous, Messieurs Challenger, qui ne nous promettez jamais rien. Vous IMPOSEZ sans discussion vos supposés avantages, le respect et les augmentations de salaire (quand le marché ira mieux). Et si nous questionnons ou résistons, nous aurons droit à des représailles ou à des réprimandes, comme une ou plusieurs journées de suspension sans solde, n’est-ce pas? Et ces suspensions se font toujours en présence du chauffeur seul et de deux représentants de la compagnie. Le rapport de force est toujours inégal en votre faveur. Le syndicat nous promet de modifier ce rapport.
4) « Travailler en équipe »
Je ne suis pas certain, Messieurs Challenger, que vous connaissez le vrai sens de ces mots. Pour vous, c’est bien plus « JE ,ME, MOI ». Pour vous, Messieurs Challenger, le travail d’équipe, c’est seulement l’équipe de bureau, non?
5) « L’accréditation et la syndicalisation : Que signifie une adhésion? »
Pour ce qui est de « avant de s’engager, bien se familiariser (…) ». Si je me souviens bien, il y a une quinzaine d’années, quand Challenger m’a engagé, que j’avais à signer ici et là, pour recevoir les cartes de carburant, les règles et règlements, etc., pour qu’ils puissent aussi prélever de ma paye un montant mensuel pour les bonnes œuvres de Challenger (pour qu’ils paraissent bien aux yeux de la communauté de Cambridge), toutes ces signatures se suivaient assez vite et je n’avais pas eu trop le temps de voir où et pourquoi je signais. Quand tu les voyais (les dons) et que tu refusais, tu avais droit à une remontrance. Alors, pour avoir le temps de lire la « bible » des règles et règlements, il aurait fallu une bonne grosse journée de lecture.
6) « Réfléchissez »
Pour votre gouverne, Messieurs Challenger, un chauffeur peut penser, réfléchir et prendre par lui-même des décisions. S’il signe une carte d’adhésion, il sait très bien que cela va mener à sa syndicalisation.
7) « Les cotisations syndicales, de quoi s’agit-il? »
Vous dites, Messieurs Challenger, que l’argent accumulé par le syndicat est pris sur nos talons de paye (à raison de 2 fois et demie notre taux horaire, une fois par mois, dépenses déductibles du revenu imposable) et qu’on ne sait pas trop où va cet argent. Bien nous, nous le savons où il va : pour les dirigeants, leurs dépenses à l’extérieur et l’aide aux autres personnes qui se font harceler par des employeurs irrespectueux. Alors, je crois que mes cotisations seront utilisées pour le bien-être commun, pour répondre à des besoins égoïstes. À titre d’exemple, dépenser des millions de dollars sur une machine insignifiante, votre fameux simulateur, pour obliger des chauffeurs comptant 10, 15 ou 20 ans d’expérience à s’y soumettre une fois par année, sous peine de sanction, et un manque de travail la journée qu’on est appelé à s’y présenter. Tout ça, pour que Challenger fasse bonne figure aux yeux de sa communauté.
En ne nous accordant pas d’augmentation de salaire depuis 2003, en coupant les 15 $ pour les traverses aux douanes, en ne nous payant pas pour une escale (un gros 52 $CA) pour un manque de 15 minutes pour les fameuses 24 heures (conformément à la réglementation) ou toutes ces heures perdues non payées, en attente d’un voyage de retour et cet argent donné en « cadeaux » à vos clients pour les garder.
8) « Droit de Challenger de s’exprimer »
Je crois, Messieurs Challenger, que vous n’utilisez les mots préoccupé et bien-être qu’en dernier recours, pour mieux paraître, n’est-ce pas? Qu’en pensez-vous? Franchement, quand vous êtes-vous préoccupés de notre bien-être, notre temps de repos, notre temps passé avec nos proches, notre famille? Je crois que c’est quand vous le voulez ou quand vous entendez le mot syndicat, n’est-ce pas? Est-ce que vous en parlez quand un chauffeur veut s’en aller à la maison après une dizaine de jours sur la route et que vous lui donnez plutôt un voyage en sens inverse, et comme réponse (à notre refus de le faire, c’est-à-dire utiliser le (N) plutôt que le (Y), mais c’est le transport qui est comme ça, tu sais, on n’a pas toujours le choix…!
9) « Communications directes avec nos employés »
Parlez-vous de la communication à sens unique? Ah oui! Celle-là, on la connaît. Pas vous, Messieurs Challenger, alors je vais vous rafraîchir un peu la mémoire. Il y a belle lurette, vous nous remettiez un questionnaire à remplir (en n’oubliant pas de le signer, car ces renseignements étaient confidentiels), pour connaître nos attentes, pour savoir ce que la compagnie pourrait faire pour améliorer ses rapports avec les employés ou les clients. Plusieurs d’entre nous remplissions ce questionnaire, sans toutefois le signer (vu qu’on voulait éviter d’éventuelles représailles) et nous ne constations jamais d’amélioration dans les suggestions que nous vous faisions.
Alors un jour, quand fut venu le temps d’en remplir un autre, nous vous avons demandé de planifier une réunion pour discuter de nos questions et suggestions. Vous nous en avez fait une rencontre, un samedi matin (non payée) et qui fut la dernière aussi. En fait, ce n’était pas pour discuter de nos suggestions que nous étions là, mais plutôt pour vous entendre parler des vôtres. Quand nous avons commencé à parler de nos préoccupations, l’assemblée a subitement pris fin... Bien entendu, ces Messieurs Challenger devaient retourner à Cambridge.
Pour ce qui est des CD, bulletins, repas, reconnaissance, c’est pas mal plus pour votre image, car, de toute façon, vous parlez toujours de vous et de ce que vous avez fait ou accompli. Pour ce qui est de la boîte vocale entre chauffeurs, cela fait belle lurette qu’elle ne fonctionne plus.
De plus, cette communication avec les autres chauffeurs à partir du camion, cela dépend de votre répartiteur et ce n’est utilisé que si vous avez à faire une rencontre en sens inverse pour établir un lieu de contact pour changer de remorque, car pour le reste, c’est trop dispendieux à l’utilisation. C’est ce que nos répartiteurs nous disent. Pour ce qui est de la surveillance constante de l’industrie, pour pouvoir ajuster notre rémunération, je vous dirai, Messieurs Challenger, que depuis 2003, vous n’avez pas été trop constants, n’est-ce pas? Ce fut la dernière fois que nous avons eu droit à une augmentation de salaire. Alors, il y a sûrement quelqu’un quelque part dans ces grands bureaux de Challenger qui ne fait pas son ouvrage, n’est-ce pas? Qu’en pensez-vous? Ah oui, en parlant des offres d’emploi affichées, de quelles affiches parlez-vous? Ça fait belle lurette que nous n’en avons pas vu.
Pour ce qui est d’obtenir les commentaires directs des employés, vous les prenez peut-être en note, mais on n’a jamais vu les résultats. En résumé, l’ensemble de nos commentaires et suggestions vous intéressent, pourvu que cela tienne compte de la supposée volatilité de votre environnement d’affaires.
10) « Confiance et respect »
Quand vous parlez du genre de relation de travail que vous prétendez maintenir, je ne vois pas trop de quoi vous voulez parler. Pour moi, ça fait un bon bail que vous n’avez pas parlé avec vos chauffeurs ou, plutôt, lu et appliqué les commentaires des questionnaires qu’ils ont remplis, n’est-ce pas? Pour ce qui est du respect mutuel, Messieurs Challenger, vous pourriez peut-être en parler avec vos représentants du bureau de Dorval, et demander à ces messieurs ce qu’ils entendent par RESPECT. Alors moi, je crois plutôt que les relations que vous avez effectivement avec vos employés ne contribuent en aucune façon à votre potentiel. Comme chauffeurs, nous ne souhaitons pas, mais pas du tout, que ça continue de cette façon. En ce qui a trait aux conditions de travail qui ne seraient offertes que par Challenger selon vos dires, je ne sais pas si ailleurs les chauffeurs sont obligés de partir un minimum de 10 jours et parcourir, en moyenne, de 250 à 275 milles par jour en plus d’attendre des heures interminables pour un voyage de retour, car les bureaucrates ont commencé à en trouver un seulement quand on vous envoie notre « empty call ». Qu’en pensez-vous? Ont-ils ça ailleurs?
Alors, Messieurs Challenger, ce texte était ma réponse à la longue lettre que nous avez fait parvenir, puisque je crois que vous n’êtes pas conscients (ou ne voulez pas l’être) de toutes les inepties que vous nous avez transmises sur ces cinq pages. Votre vision des choses ne rejoint pas la nôtre, car nous voyons comment les choses se passent dans la réalité. Contrairement à ce que vous pensez peut-être, nous pouvons penser, nous aussi!
Alors, ce sera avec un énorme plaisir et beaucoup de satisfaction que je vais adhérer au syndicat des TEAMSTERS et signer en bonne et due forme sa carte d’adhésion.
Merci, de la part d’un de vos chauffeurs (plus de 13 ans à votre SERVICE) qui espère sincèrement que la situation qui règne chez Challenger prenne fin avec l’aide des Teamsters plutôt qu’avec vos belles promesses.
Lorsque la vie nous mène ailleurs…
Il y a plusieurs années, j’ai approché Challenger Motor Freight à Dorval afin de proposer mes services comme chauffeur de camion lourd. J’ai passé toutes les étapes pour enfin être embauché comme chauffeur. J’étais tellement content d’entrer dans la « grande famille » de cette entreprise, qui à l’époque était considérée comme LA compagnie qui respectait le plus ses chauffeurs et pour laquelle un slogan comme « Bienvenue dans notre grande famille » y prenait tout son sens.
Les années ont passé et je me sentais comme un poisson dans l’eau. Je pouvais dormir la nuit et pouvais effectuer mes livraisons dans une période de temps normale et ce, sans avoir un revolver sur la tempe. J’étais heureux d’avoir enfin pris la décision de changer de compagnie et de retrouver la paix intérieure tout en faisant un métier que j’adorais.
Les années ont passé, et l’équipe de direction de Challenger a changé du tout au tout, et là, tout a basculé. Je découvrais peu à peu qu’on n’avait plus aucun respect pour les chauffeurs et aucune considération pour le bon travail que nous apportions à la compagnie. Aussi, je sentais que certaines personnes faisaient du harcèlement. Il n’y avait plus aucun moyen de discuter avec les dirigeants en place. Il n’y avait rien à faire. Je leur expliquais que je ne voulais pas aller livrer à la ville de New York car j’avais trop peur d’aller là-bas. En plus, lorsque j’avais été engagé, on m’avait promis que jamais je n’aurais à effectuer des livraisons à la ville de New York.
On m’a répondu que tout cela était de la foutaise et que je n’avais pas le choix d’y aller et que si je ne le faisais pas, ça irait très mal pour moi. Pour la première fois de ma vie, je faisais face à du harcèlement psychologique et cela a commencé à me détruire de l’intérieur. J’ai continué de refuser à livrer à New York et on m’a fait venir au bureau de la santé et sécurité, où j’ai été confronté à des personnes, qui, à tour de rôle, m’ont « entré dedans » sans aucune gêne ou retenue.
J’essayais de me défendre du mieux que je pouvais mais j’en étais incapable. Je n’y arrivais pas. On me traitait de frustré, de mauvais chauffeur. Si je n’étais pas content, je n’avais qu’à me chercher un emploi ailleurs. Pour eux, à l’époque, tous les chauffeurs de camion lourd voulaient travailler pour Challenger.
Combien de fois et ce, en pleine nuit alors que je dormais, on m’envoyait des préplans comme si on ne pouvait pas me les envoyer le lendemain matin? Était-ce une manigance pour me tenir réveillé? De leur part, rien ne m’aurait surpris.
Je pourrais vous en écrire longtemps sur les situations difficiles que j’ai subies chez Challenger Motor Freight à Dorval, mais je vais m’arrêter ici.
Aujourd’hui, je ne fais plus partie de cette « grande famille » et j’en suis fort content.
On voulait me faire partir, on l’a eue. Toutefois, ils n’ont jamais réussi à voler mon esprit, mon intégrité et mon intelligence. Je suis parti et je suis bien content d’être sorti de cette entreprise pathétique.
Je me rends compte aujourd’hui que, lorsque la vie nous mène ailleurs, il faut y aller...